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Où as-tu mis les clefs?

Histoire
(photo : Musée McCord MP 1978 — 107 150)
(photo : Musée McCord MP 1978 — 107 150)

Déménager! C’est pas drôle! Si en plus, il pleut… c’est l’enfer!

Cette photo un peu triste de 1930 nous montre le « ménage » de la famille qui se retrouve à la rue, sous les bâches et sous la pluie. En 2017, le déménagement s’est aussi effectué sous la pluie.

La scène est située rue Berri tout juste au sud de Marie-Anne, côté est. Les bâtiments de pierre grise sont toujours là aujourd’hui près de cent ans plus tard, et l’histoire ne dit pas combien de familles ont habité le logement pendant tout ce temps là. L’emplacement est très bon; assez central; juste à côté d’une belle école toute neuve, l’école Saint-Jean-Baptiste (actuelle école Louis-Hyppolite-LaFontaine) construite à peine dix ans auparavant en 1920; mais cela demeure un peu « loin » du métro. Pour ce dernier, il faudra encore patienter 36 autres années. Il sera alors tout près, car il passera justement sous la rue Berri et la station ne sera qu’à quelques dizaines de mètres.

Ces bâtiments sont aussi relativement neufs puisqu’on ne les voit apparaître qu’à partir de 1907 sur les atlas. Cela démontre bien que notre quartier s’est développé très intensément dans les premières années du XXe siècle. C’est toujours fascinant de constater que les biens matériels des familles du temps étaient si limités. Souvent, les meubles se passaient d’une génération à l’autre, car il faut se rappeler que souvent les ménages cohabitent selon un mode intergénérationnel. Il n’est pas rare de voir trois générations vivre dans un même logement. La table de cuisine super solide, appartenant à la grand-mère, sera la table familiale pendant plusieurs dizaines d’années. Le cycle d’utilisation des meubles est passablement plus long qu’aujourd’hui.

Le poêle en fonte est au milieu de la rue avec son tuyau toujours en place. Le « canard » est sur la table et il attend de chauffer l’eau pour des cafés ou du thé; l’essentiel des meubles est sous les toiles. On attend patiemment que le camion soit disponible; ou encore, que notre futur logement se libère. Par contre, pas de pizza pour les déménageurs : ce n’est pas encore inventé au Québec.

+++ COMPLÉMENT D’INFORMATION +++

Après la publication de cet article, mon ami Bernard Vallée a commenté ma publication en précisant qu’il s’agit d’un déménagement forcé; d’une mise à la porte. J’ajoute plus bas son commentaire qui nous précise que l’aide aux plus démunis en matière de logement ne date pas d’hier. La présence des nombreux enfants s’explique peut-être par la proximité de l’école primaire.

(source de la photo non précisée)

(source de la photo non précisée)

Ce déménagement, est en fait une expulsion, comme des milliers d’autres dans les années 1930 à Montréal. On peut voir sur cette deuxième photographie la même scène, mais avec du monde venu probablement soutenir la famille évincée. Des groupes communautaires de gauche, comme l’Association humanitaire des anarchistes Albert Saint-Martin Abel Godin ou Solidarité féminine où militait la communiste Léa Roback, organisaient la résistance aux expulsions en intimidant les huissiers, en noyautant les enchères des meubles saisis pour les remettre aux locataires et en « jumpant » les compteurs de gaz et d’électricité pour assurer la gratuité des services aux chômeurs sans revenus.

 Merci, Bernard Vallée, pour cette précision. Ma conclusion précédente n’est plus appropriée alors je l’enlève.

[Article mis à jour le 6 juillet 2017]

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