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Une petite quincaillerie de proximité… depuis cent ans

Histoire

Quand les gens vont y acheter clous et vis depuis cent ans, ça doit être parce que c’est utile ce petit commerce !

Les lecteurs assidus de cette chronique savent que je crois beaucoup à la notion de commerce de proximité pour contribuer à la qualité de vie d’un quartier. Dans le cas qui nous occupe, cela fait quand même une sacrée mèche que l’on y sert les clients.

(photos : Archives de la Ville de Montréal - fonds P.E. Paquette P-148)

(photos : Archives de la Ville de Montréal – fonds P.E. Paquette P-148)

La photo qui ouvre cette chronique nous montre une foule souriante qui prend la pose devant le magasin de Monsieur Paul-Émile Paquette. Selon les légendes des photos, on sait qu’il s’agit d’une vente du 11e anniversaire; donc on se trouve en 1955. On peut penser que le propriétaire a organisé une sorte de tirage auquel la personne gagnante doit absolument être présente afin de réclamer son prix. Cette forme de « marketing » avant la lettre est très populaire chez les marchands de l’avenue du Mont-Royal dans les années 1950 (il semble bien que ce soit aussi très populaire auprès des clients).

C’est en 1917-18 qu’un monsieur H. Sylvestre ouvre une première quincaillerie à cet endroit. Il remplace un magasin de « ladies wear ». Le fonds de commerce est vendu en 1924 à Monsieur A. Allard qui le cède à son tour en 1944 à Monsieur Paul-Émile Paquette. Après un incendie en 1946, le commerce est remis à neuf comme on peut le constater sur la photo suivante.

(photos : Archives de la Ville de Montréal – fonds P.E. Paquette P-148)

Nous pouvons voir Monsieur Paquette derrière le comptoir à gauche, alors qu’à droite se trouve Monsieur Jean Hébert, son fidèle employé qui reprendra plus tard les rênes du commerce. Au premier plan, on trouve des paillassons en « coco »; des brouettes jouets et à droite des balais à rouleaux (dont il manque le manche) et qui étaient les ancêtres de nos aspirateurs. À gauche, au haut des étagères, on voit des poubelles de cuisine et des boîtes à pain. Ce dernier objet aujourd’hui a disparu de nos cuisines.

C’est fascinant de voir la ségrégation entre commerçants et clients : chacun de son côté du comptoir. Le libre-service n’est pas encore au goût du jour. Les boulons, les écrous et les vis sont des objets de précision qu’il ne faut pas laisser mélanger par les clients.

Jeune enfant, j’étais affecté aux commissions. À l’épicerie pour ma mère et à la quincaillerie Paquette pour mon grand-père. J’ai bien connu ce commerce et ces messieurs Paquette et Hébert. Monsieur Paquette jouissait aussi d’une aura particulière puisqu’il était responsable d’ouvrir la lumière rouge derrière le but lors des matchs de hockey au Forum. Cela m’impressionnait beaucoup. Je trouvais que c’était une grande responsabilité.

(photos : Archives de la Ville de Montréal – fonds P.E. Paquette P-148)

Sur cette autre photo marquant ce 11e anniversaire de 1955, on voit une foule féminine qui semble bien impatiente de connaître le résultat du tirage. On peut assez facilement présumer que le prix tant convoité n’est pas un beau marteau neuf ou encore une belle égoïne. Le mystère reste entier encore à ce jour.

Le magasin offrait aussi des articles promotionnels comme cette verge à mesurer (ancêtre du ruban rétractable) qui me sert encore aujourd’hui.

(photo : Gabriel Deschambault)

Notre quincaillerie a toujours pignon sur rue en 2017 et est maintenant la propriété de Monsieur Gérardo Marasco, qui a lui-même été longtemps employé de Jean Hébert. J’y achète toujours vis et boulons et aussi (malheureusement) des gallons de peinture (qu’il faut bien sûr étendre).

Les photos proviennent du fonds d’archives de Paul-Émile Paquette qui est déposé aux Archives de la Ville de Montréal. Elles ont fait surface sur le site Facebook « Montréal photos historiques », proposées par Monsieur Michel Séguin, que je remercie ici.

Voilà, c’était la courte histoire du centenaire d’une quincaillerie et de ses cinq propriétaires.

La centenaire. ( photo : Gabriel Deschambault)

La centenaire. ( photo : Gabriel Deschambault)

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