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Des belles fenêtres neuves

Histoire
Porte et fenêtres en appliqué sur le mur de maçonnerie de briques. (photo : Gabriel Deschambault)
Porte et fenêtres en appliqué sur le mur de maçonnerie de briques. (photo : Gabriel Deschambault)

Pour les plus jeunes qui ne connaissent pas c’est quoi une « vieille » fenêtre; je vais vous renseigner.

Notre maison est plus que centenaire et elle a, entre autres particularités, celle de posséder toujours ses fenêtres d’origine sur la façade arrière donnant dans la cour et la ruelle. Pas besoin de vous dire qu’elles ne sont plus neuves, neuves ! Toutefois, avec un peu d’aide, elles tiennent le coup, et offrent malgré les apparences un confort tout à fait adéquat.

Alors, dans la série « petit cours d’architecture ancienne 101 », voici l’explication du fonctionnement de ces ouvertures d’un autre âge.

Porte et fenêtres en appliqué sur le mur de maçonnerie de briques. (photo : Gabriel Deschambault)

Porte et fenêtres en appliqué sur le mur de maçonnerie de briques. (photo : Gabriel Deschambault)

Comme le montre la photo, les cadres de portes et de fenêtres sont installés par-dessus la surface de la brique et avec un bon joint de calfeutrage au goudron, nous voilà partis pour un bon 100 ans.

Dans ces cadres, les portes ou les volets de fenêtres sont installés avec une quincaillerie d’une simplicité désarmante, mais d’une efficacité incroyable. La forme et la conception de ces attaches font en sorte que le volet ne peut s’installer qu’à un seul endroit et d’une seule façon. Une fois ouvert, le volet est retenu en place à l’aide d’une encoche afin d’éviter que le vent le fasse claquer. Il est maintenu fermé par un petit cliquet très fiable. En fait, le « design » de cette quincaillerie est un véritable mode d’emploi en lui-même (vous pouvez pas vous tromper). Il est toutefois possible que vous vous posiez des questions lors de la première installation.

Avec les chaleurs de l’été, comment faire pour se garder au frais? Les anciens avaient prévu la manœuvre ! En fait, ils ont adapté le vieux principe des persiennes que l’on retrouve dans les pays chauds. Les persiennes s’installent dans les cadrages déjà décrits. Au moment chaud de la journée, alors que le soleil plombe sur la façade de brique, vous fermez les persiennes et les fenêtres pour conserver la fraîcheur de l’intérieur. Vous profitez alors d’une pénombre « tranquille » dans votre chez-vous (ceci n’est toutefois plus une qualité qui est recherchée au XXIe siècle, époque du tout de suite, du vite, et du « j’ai d’autres choses à faire que de gérer mes fenêtres »). N’empêche qu’il y a un petit côté apaisant à ce nouvel intérieur qui changera à nouveau vers l’heure du souper, où l’on ouvrira grand tout cela.

La livrée d’été de nos vieilles fenêtres avec leurs persiennes. (photo : Gabriel Deschambault)

La livrée d’été de nos vieilles fenêtres avec leurs persiennes. (photo : Gabriel Deschambault)

À l’approche des temps froids (c’est-à-dire bientôt), on enlève tout ça pour installer les volets vitrés pour l’hiver. Le principe est de créer un espace d’air qui tempère la chaleur entre l’extérieur et l’intérieur. Au moment d’inventer de nouveaux modèles, les concepteurs ont conservé l’idée d’avoir des fenêtres doubles, mais en réduisant la distance entre celles-ci. Ensuite, on a inventé le vitrage « thermos ». Mais, l’usure et la manipulation des volets coulissants ou à battants ont tôt fait de causer de l’infiltration.

Avec les temps froids, on installe les doubles-fenêtres (ou les contre-fenêtres). (photo : Gabriel Deschambault)

Avec les temps froids, on installe les doubles-fenêtres (ou les contre-fenêtres). (photo : Gabriel Deschambault)

Bien sûr, les vieilles fenêtres de cent ans sont aussi usées (d’ailleurs, la photo montre deux volets qui ont dû être remplacés avec le temps). Par temps plus doux ou pour ventiler doucement l’intérieur, on peut ouvrir les volets intérieurs et ouvrir les petites trappes permettant de ventiler en douceur.

Je résiste depuis de nombreuses années aux requêtes de plus en plus insistantes de mon entourage pour mettre du « neuf ». Il y a aussi le fait qu’il faille faire un peu d’acrobaties pour faire les changements de la fenêtre qui n’est pas accessible du balcon (et que l’acrobate est de moins en moins jeune).

Tout ça pour vous dire que les anciennes méthodes de construction n’étaient pas sottes ou irréfléchies; au contraire. Tant qu’à faire dans l’anecdote, je vous signale également que les joints de mortier de la maçonnerie de briques, que l’on voit sur les photos, sont aussi d’origine. C’est sûr que ça n’a pas été bâti aussi solide que le pont Champlain… mais quand même, ça « toffe la run ». C’était une petite incursion dans l’histoire centenaire de mes vieilles fenêtres.

D’ailleurs, j’offrirai le 26 octobre prochain, à la bibliothèque du Plateau-Mont-Royal, une conférence sur l’architecture du quartier. Ces vieilles choses qui composaient l’essentiel de plusieurs des maisons du quartier y seront en vedette.

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