Publicité

Assez du mutisme de la Ville et de la SHDM

Immobilier
(photo : Ateliers habitation Montréal)
(photo : Ateliers habitation Montréal)

La lutte pour la Mairie de Montréal a une fois de plus l’habitation pour thème récurrent. L’adoption récente de la Loi sur la Métropole du Québec[1], qui lui accorde de nouveaux pouvoirs en matière d’habitation, et la volonté du maire sortant s’il est réélu de faire appel à l’économie sociale pour mettre en œuvre ses nouveaux programmes d’accès à l’habitation est un pas dans la bonne direction. Si…

Si la Ville redevient imputable et répond franchement ade ses faits et gestes malgré les organismes para-municipaux qu’elle érige entre les citoyens et elle. Si elle joue franc jeu et est totalement transparente. Si ses décisions sont justes et équitables. Si elle écoute les demandes des locataires et leur donne des réponses honnêtes et précises. Si elle ne couvre pas ses erreurs de cataplasmes…

Nous en savons quelque chose, nous les membres de Coopérative d’habitation Messier-Fullum-Parthenais (la Coop) qui résidons dans un ensemble de sept immeubles totalisant quelques 165 logements appartenant à la Ville. Les lieux sont gérés par deux organismes, la SHAPEM, qui accorde les baux et collecte les loyers, et la Société d’habitation et de développement de Montréal (la SHDM), qui gère le parc immobilier de Montréal.

Hier encore, ces sept immeubles étaient gérés par la Coop, formée en 1992 par les membres-locataires bien décidés à se réapproprier les lieux et à participer à la vie de quartier. Les premières années sont difficiles. Un gérant se sauve avec les recettes. Des prostituées s’installent à demeure. Un meurtre est commis. Une piquerie voit le jour. Mais graduellement, grâce à l’implication et à la vigilance des membres-locataires, la situation est redressée et les lieux retrouvent leur quiétude habituelle.

Quand notre gestionnaire prend sa retraite en juillet 2007 après plus de 14 années de loyaux services, elle est remplacée par une personne recommandée par la SHDM. À la même époque, la SHDM nous transmet une offre de vente des sept immeubles. La nouvelle venue s’improvise alors inspectrice en bâtiments pour nous recommander leur achat au prix demandé. Sachant que chaque bâtisse nécessite un million de $ en réparations, la chicane poigne au sein du conseil d’administration entre ses admirateurs et ses détracteurs. Les questions fusent, notamment “Pourquoi acheter des immeubles que la Ville a négligé d’entretenir et risquer de faire exploser les prix des loyers pour les remettre en état ?” Une assemblée générale spéciale des membres se dessine…

Nous en étions là quand la SHDM place la Coop sous tutelle en décembre 2007, s’empare de ses comptes bancaires et confie la gestion des lieux à sa nouvelle gestionnaire, avant de constater ses piètres résultats au printemps, de résilier son contrat et de confier cette fois la gestion des lieux à la SHAPEM.

Résultat : la poussière retombée, la Coop constate la disparition de ses avoirs (près de 16 000 $), de l’avoir de ses membres (environ 6 500 $) et que la SHDM refuse de lui rembourser 23 800 $ investis en améliorations locatives. Qui plus est, la Coop constate en 2016 qu’une part importante de l’argent compensée auprès d’elle l’année précédente par Revenu-Québec (env. 7 500$), est due à une gestion déficiente lors de la mise en tutelle.

L’affaire, bien sûr, n’allait pas en rester là. À défaut d’un dialogue de bonne foi avec la direction de la SHDM ou la Ville, la Coop fait valoir ses droits en justice, y ajoutant une requête pour atteinte à la réputation, comme tout bon citoyen l’aurait fait à sa place. La Justice suit sont cours et en 2015, les différentes causes sont réglées hors-cours à la satisfaction de la Coop. Mais pour une raison qu’elle ignore, elle n’a toujours pas récupéré la gestion des lieux , ni les documents lui appartenant, saisis en 2007.

Depuis, les cris des enfants qui jouaient dans nos cours arrières se sont tus sous la menace, l’été dernier, de la SHAPEM et de réclamer l’expulsion de leurs parents à la Régie du logement s’ils ne bâillonnent pas leur turbulente progéniture. La SHAPEM a également accordé des baux à de nouveaux locataires qui ont surtout besoin de soins en santé mentale  et qui, parfois, hurlent leur désespoir dans la nuit jusqu’à l’arrivée de la police…

Entre-temps, nous, les membres-locataires n’y pouvons rien. C’est la SHAPEM qui décide maintenant avec qui nous cohabitons et pique-niquons les soirs d’été dans nos cours arrières…

Quand nous avons demandé à la Ville pourquoi nous avoir privés de la gestion, un élu nous a d’abord répondu qu’il ne commenterait pas une affaire devant les tribunaux, avant d’ajouter que des allégations de fraude avaient été soulevées. Aujourd’hui, il n’y a plus d’action en justice et force est d’admettre qu’il n’y a jamais eu d’accusation de fraude ou de vol, ni d’enquête de nature criminelle, toute cette saga s’étant réglée au civil. Bref, rien ne peut être reproché fallacieusement à la Coop qui avait retenu les services d’une gestionnaire professionnelle et d’un comptable agréé recommandés par la SHDM pour vérifier sa bonne gestion.

Alors quoi ? La Ville (ou la SHDM) reprocherait-elle à la Coop de ne pas avoir acheté ses immeubles les yeux fermés, de ne pas s’être laissée dépouiller durant la tutelle illégale et d’avoir réclamé en justice le remboursement de nos biens ?

Nous l’ignorons, la Ville comme la SHDM ne répondent pas de leurs gestes…

Alors, quand le maire sortant affirme avoir maintenant pleine autonomie pour créer des sociétés de développement commercial et composer avec les forces vives de l’économie sociale pour mettre en œuvre de nouvelles politiques d’habitation, nous avons de sérieux doutes sur la façon que ça peut se terminer…

À en juger par son passé délinquant en matière d’habitation et l’épisode récent qu’elle nous a fait vivre, tout indique que la Ville, avec l’aide de ses para-municipales, continuera à prioriser son enrichissement sans cause sans se préoccuper véritablement des besoins des familles qu’elle attire dans ses cages à homard avant de leur imposer le bâillon.

– Le conseil d’administration de la Coop

Vos commentaires
loading...