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Cri du coeur pour le commerce local

Économie
Franck Hénot, propriétaire de la fromagerie Bleu & Persillé. (photo : gracieuseté de Bleu & Persillé)
Franck Hénot, propriétaire de la fromagerie Bleu & Persillé. (photo : gracieuseté de Bleu & Persillé)

Au début du mois, Franck Hénot, propriétaire de la fromagerie Bleu Persillé et de l’Intermarché Boyer, a affiché un «serment du commerçant» sur sa page Facebook.

La déclaration, solennelle, se veut un cri du cœur pour le commerce local. On peut lire le texte intégral ci-bas. Essentiellement, M. Hénot incite les commerçants à s’encourager les uns les autres, à éviter d’aller magasiner en banlieue pour économiser quelques dollars dans les grandes surfaces, à privilégier les commerces indépendants sur les bannières, surtout celles cotées en Bourse, bref à donner l’exemple. Tout en offrant un service impeccable.

«Dans le commerce de détail, la personne qui a le plus d’influence, c’est le consommateur, dit-il. Et les commerçants sont également des consommateurs. Si tout le monde va chez Walmart, Costco, Amazon, la Senza ou Starbucks, qui va faire vivre les petits commerces?»

Hénot insiste sur l’importance du commerce indépendant: «Ils sont les poumons des rues commerciales et des quartiers. Ils améliorent la qualité de vie, l’atmosphère dans une communauté. Si toutes les bannières multinationales envahissent les rues commerciales, vous pouvez dire adieu à ce qui distingue le quartier où vous vivez. Ça va devenir des banlieues-dortoirs sans âme.»

Hénot en rajoute. Pour lui, les Starbucks de ce monde n’ont aucune personnalité. Mais ils ont des moyens que les indépendants n’ont pas. À une époque où les centres d’achats en arrachent, les grandes bannières tentent de se repositionner sur les rues commerciales. «Ils prennent les locaux que des indépendants ne peuvent plus louer, car ils sont trop chers. C’est un cercle infernal…», dit-il.

Franck Hénot insiste: les bannières paient des impôts ailleurs, souvent dans des paradis fiscaux, ont très peu de personnel syndiqué, et redonnent peu à la communauté. «Nous, on est ici à l’année. On sert nos voisins. Notre personnel habite souvent le quartier, ou tout près. Amazon, eux, ils envoient leurs profits au Luxembourg et leurs entrepôts sont loin, très loin du Plateau. Nous, on paie nos impôts ici.»

Revendications aux élus

S’il s’est dit inspiré dans sa démarche par le récent «Serment du jardinier» du maire du Plateau Luc Ferrandez, Franck Hénot insiste sur les responsabilités des élus vis-à-vis du commerce de détail.

«Actuellement, c’est très, très pénible de transiger avec la fonction publique montréalaise, dit-il. Par moments, ça ressemble à la maison des fous dans les 12 travaux d’Astérix. Cette bureaucratie est épouvantable. Il n’y a pas de mentalité de service à la clientèle, surtout pour les commerçants. On ne se préoccupe pas de leur sort dans l’appareil municipal. C’est grave !»

Hénot s’attend à ce que les élus prennent notamment des décisions sur les locaux laissés volontairement vacants, et qui se détériorent, par des propriétaires qui se préoccupent avant tout de spéculation. «Nos commerces vivent avant tout grâce aux citoyens du quartier. Les élus devraient s’en rappeler», dit-il.

Les élus ont également la responsabilité de rendre la vie de quartier agréable, par des rues sécuritaires et aménagées avec goût. Car l’expérience de magasinage commence avant d’entrer dans le magasin, rappelle-t-il.

La déclaration

Il y a déjà longtemps que les commerçants ont prêté serment contre vents et marées, serment de servir coûte que coûte.

Ce temps de partage et de réjouissances me pousse davantage à exprimer des souhaits plus qu’un serment, quoique souhaits et serments vont souvent de pair.

Pour les Fêtes, j’encouragerai les commerces de mon quartier, j’achèterai des produits de chez nous, car ils n’ont rien à envier aux autres, je ne dépenserai pas mon argent dans de grandes bannières étrangères, dans des commerces qui ne respectent ni nos lois ni le droit à la syndicalisation.

Je ne traverserai pas la ville pour économiser moins que le coût de mon transport.

Je partagerai mes trouvailles, les sourires et les mots gentils dont on m’aura comblé, car les commerçants de mon quartier m’auront reconnu. Je penserai à tous les emplois que je préserve et à ceux que je crée.

Serment, souhaits, de commerçant, de citoyen parce les rues de nos quartiers ont besoin de commerçants indépendants, de vie, de familles et de partage.

À nous de décider ce que nous souhaitons, nos élus ont des devoirs et le pouvoir d’agir, et comme consommateurs nous en avons encore plus.

Bon temps des Fêtes ! 
Franck Henot.

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