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Les mystiques du Mile End: l’étrange et le merveilleux

Culture
Les mystiques du Mile End tourne essentiellement autour de David Meyer, professeur de religion (agnostique!) de McGill et de ses deux enfants, Samara, Lev, leur aim Alex, leurs voisins Glassman, rescapés des camps de la mort,et M. Katz, un vieil homme à moitié fou qui entreprend de fabriquer l’Arbre de la Vie devant son domicile avec des rebuts. (Illustration: la couverture du roman, Éditions Marchand de feuilles)

Avec son roman «Les mystiques du Mile End» (Marchand de feuilles), Sigal Samuel offre un récit où l’étrange côtoie le merveilleux et le mysticisme (comme l’indique le titre, justement) la critique sociale.

Ce n’est pas souvent qu’un écrivain anglophone originaire de Montréal publie un roman où le Mile-End est pratiquement un personnage, et que c’est disponible en français. À preuve du contraire, ça remonte finalement à Mordecaï Richler.

Sigal Samuel est donc née à Montréal mais vit dans la capitale américaine. Cette journaliste et dramaturge s’est inspirée de ses souvenirs montréalais pour pondre cette chronique qui se déroule essentiellement les rues entourant l’intersection de Fairmount et Parc. On suit essentiellement les membres de la famille Meyer dans leur cheminement personnel et existentiel, qui ne manque pas crises, de dérapages et d’angoisses, dans un texte marqué par la nostalgie, les débats philosophiques, le folklore juif, l’humour et une bonne dose de dérision.

Tout tourne autour de David Meyer, professeur de religion (agnostique!) à McGill, en deuil de sa femme très religieuse, et de ses deux enfants, Samara, l’aînée, Lev, le plus jeune, l’ami des enfants Alex, féru de science, et les voisins Glassman, rescapés des camps de la mort et dont le mari est spécialiste de la Kabbale, la tradition ésotérique du judaïsme. Sans oublier M. Katz, un vieil homme à moitié fou qui entreprend de fabriquer l’Arbre de la Vie (de la Kabbale) devant son domicile avec des rebuts, au grand dam de ses voisins.

Le roman comporte quatre chapitres. Le premier emprunte le point de vue du fils de David Meyer, 11 ans, qui permet de présenter les autres membres de la famille et, surtout, sa soeur, qui veut faire sa Bat Mitzvah (Mais sans le dire à son papa, car elle sait qu’il la désapprouverait).

L’innocence propre au personnage change de ton au chapitre deux, alors que l’auteur donne la parole à David, qui vivra une énorme crise existentielle. Car ce dernier réalise sa profonde solitude, malgré ses liens plutôt réjouissants avec sa maîtresse Valérie, une de ses étudiantes! Car David réalise le fossé qui le sépare de ses enfants. Samara prend les devants au troisième chapitre, en s’engageant dans sa propre quête spirituelle, qui ne sera pas sans risque

Le quatrième chapitre révèle ce qu’il adviendra des principaux personnages, oscillant du tragique au mystique, de l’humoristique au dramatique. Les quelques passages très émouvants font réaliser à quel point notre destinée n’est jamais tracée à l’avance. Et que la somme de nos expériences importe tout autant que nos racines familiales. On réalise rapidement les dangers que représentent les écrits anciens, même les plus merveilleux, car ils relèvent souvent davantage de la parabole et de la poésie, que d’une véritable recette pour atteindre le bonheur et la plénitude. L’effet de la quête religieuse des principaux personnages sera dévastatrices pour les personnages de David Meyer et de ses deux enfants. Comme l’illustre aussi ce passage entre les personnages de M. Glassman et Lev au sujet de l’ascension de l’Arbre de Vie: «quand on se met à l’étudier, c’est facile de devenir obsédé par elle, a-t-il dit. Soudainement, tout ce qui t’entoure ressemble à un signe venu de l’au-delà. Plusieurs de nos sages, louée soit leur mémoire, ont perdu la tête en courant derrière ces signes ». Le message ne pourrait être plus clair.

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