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S’offrir le LUX d’une architecture de qualité

Histoire
L’enseigne emblématique, iconique, fantaisiste et ludique de ce commerce novateur et unique. (Photo par Éric Daudelin)

Cette semaine, je vous propose une chronique d’histoire contemporaine, et elle parle d’architecture.  Je vous amène sur le boulevard Saint-Laurent à la hauteur de la rue Fairmount.

En 1980, le Mile-End n’est pas encore la saveur du mois et ce secteur urbain est encore à la recherche de sa personnalité.  Pour l’instant, sur le boulevard Saint-Laurent, on y retrouve un tissu urbain disparate rassemblant manufactures, petits locaux commerciaux sans grande envergure, espaces locatifs abandonnés et, de façon générale, un secteur délaissé par les passants.  Au sud, c’est le Plateau plus “traditionnel”, euphorique et vitaminé; pendant qu’au nord, c’est la Petite Italie, gourmande et vibrante.  Entre les deux, c’est un peu un “no man’s land”.

Cela prendra des entrepreneurs entreprenants, alliés à des collaborateurs très créatifs pour tenter une revitalisation de ce coin de la ville.  La photo suivante nous montre les édifices du boulevard Saint-Laurent un peu au nord de Fairmount, quelque part en 1976.  L’édifice de gauche, le 5220, n’affiche pas une forme à tout casser, tandis que son voisin semble avoir subi un incendie qui le laisse en piètre état.

Le côté ouest du boulevard Saint-Laurent à la hauteur du 5220 ; un secteur en difficulté en 1976. (Photo soumise par Philippe DuBerger)

Avec la décennie 1980, on assistera à un effort significatif de réappropriation de ce secteur de la Main.  On y ouvrira plusieurs petits restos “branchés” (en ce sens qu’on y propose des menus non traditionnels) et quelques boutiques de mode elles aussi branchées (en ce sens qu’on n’y offre pas des tendances “mainstream”).  Vous êtes “IN” ?; alors vous vous retrouvez obligatoirement  dans ce secteur.

La chaîne de magasin de vêtements  “Le Chateau” y ouvrira une succursale hors de l’ordinaire, afin de revamper son image de marque.  Mais c’est surtout un autre espace commercial qui viendra y marquer son époque en créant un concept révolutionnaire d’espace urbain : le LUX.

L’enseigne emblématique, iconique, fantaisiste et ludique de ce commerce novateur et unique. (Photo par Éric Daudelin)

Aménagé en 1983, le LUX était un endroit  exceptionnel qui a marqué son temps.  Étonnamment,  il est difficile de trouver beaucoup d’informations à son  sujet.  Son concept était innovateur et j’aimerais vous communiquer un témoignage que l’on retrouve sur un podcast touchant  l’édifice et son architecte.

“Le Lux était LA place branchée de Montréal dans les années 1980. Le bistro-librairie était ouvert 24 heures sur 24. On pouvait y acheter des revues, des journaux et des cigarettes du monde entier. C’était à la fois un restaurant, un dépanneur, une boutique et un stand à magazines. Les gens venaient pour y boire ou pour s’y réfugier à trois heures du matin, une fois les bars fermés.

Luc Laporte est l’architecte qui a conçu le Lux. Son projet de grande structure en acier était presque démesuré. Le plafond était très haut. La structure traversait les trois étages de l’immeuble. Au plafond, des miroirs disposés en forme de périscope laissaient pénétrer les rayons du soleil. Cela formait un genre de dôme que rejoignaient deux escaliers.

À l’époque, le Lux a symbolisé la renaissance du Mile-End.

Ouvert en 1983, le bistro-librairie a fermé ses portes dix ans plus tard, en 1993.”

– LUC LAPORTE, Architecte

Ce bâtiment était donc l’oeuvre d’un architecte montréalais exceptionnel : Luc Laporte (1942-2012).  Très discret et peu connu du public, ce monsieur amorce en 1980 la part substantielle de sa carrière avec la conception du bistro L’Express sur la rue Saint-Denis.  Trente-sept ans plus tard, la qualité de cet ensemble ne se dément pas et il fait toujours office de pièce maîtresse dans son oeuvre.

Ce magicien offrira également aux montréalais plusieurs restos exclusifs dans le Plateau, comme le “Laloux”, la salle de “l’ITHQ” ou le “Leméac”, à Outremont.  La rue Saint-Denis lui doit aussi le commerce “Arthur Quentin”, qui a pignon sur rue depuis une quarantaine d’années.  Ce n’est pas rien.

L’intérieur du LUX était marqué par ces vastes escaliers d’acier qui parcouraient les étages.  Le volume intérieur, les flâneurs, et  les clients attablés, participaient ensembles  à ce ballet contemporain et perpétuel offert par un vaste  espace commercial convivial et moderne. (Photo soumise par Éric Daudelin)

Le vaste volume intérieur était couronné par un dôme lumineux qui, avec le concours       de surfaces réfléchissantes et de miroirs, emplissait l’édifice de lumière. (Photo soumise par Éric Daudelin)

Pendant plusieurs années une émission vedette de Radio-Canada, “La bande des six” tenait salon au coeur du LUX.  Le Montréal des années 1980 n’était pas habitué à de tels espaces et il s’est rapidement entiché de ce petit nouveau.  Les commentaires des anciens utilisateurs sont toujours empreints d’une certaine nostalgie eu égard au charme des lieux.  On ne comprend pas pourquoi ce commerce ferme ses portes en 1993.  Il semble bien que le Mile-End  n’est pas encore mûr.

Une telle expérience aujourd’hui ferait sûrement un tabac.

L’espace intérieur offrait une perspective unique.  (Photo soumise par Éric Daudelin)

Les lieux aujourd’hui nous montrent que les bâtiment ont bien survécus et qu’ils ont été mis en valeur;  heureusement !

le 5220 Saint-Laurent aujourd’hui (Photo Google Street View)

En guise de conclusion, je vous invite en pèlerinage dans les restos imaginés par Luc Laporte dans le Plateau.  Je pense qu’une visite à l’Express est un bon début.  Son tartare de boeuf est réputé et les assiettes de foie de veau également.

Merci, Luc Laporte !

Luc  Laporte, architecte, attablé à l’Express.  On dit que son logement ne possédait pas de cuisine et qu’il préférait déguster la vie dans les restos qu’il avait conçus. (Photo André Cornellier)

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