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Fermeture du Cagibi

Économie
Le café le Cagibi ferme, pour cause de hausse de loyer trop importante (Photo: Facebook)

C’était écrit dans le ciel pour quiconque qui suit les affres de la gentrification et de l’attractivité immobilière, qu’elle soit résidentielle, commerciale ou même industrielle.

Le Mile End est un très bon exemple de cette pression immobilière. Tout commence par les étudiants ou les artistes ou les bobos pas trop friqués, mais qui ont un capital culturel qui enrichissent un quartier, au niveau de sa diversité commerciale et d’emploi et d’implication dans son quartier, on les aime!

Ils rénovent leur logement pour les adapter à leurs besoins, ils stoppent la dévitalisation d’un quartier, ils s’impliquent dans un projet de ruelle verte, ils font du bénévolat à l’organisme du coin, ils créent la communauté au même titre peut-être jadis Rosa et son mari sur de l’Esplanade, qui cultivent leurs tomates dans leur jardin avant et qui jasent avec les passants.

Des personnes remplacent d’autres dans des logements, des commerces remplacent d’autres et des entreprises du secteur de l’emploi remplacent d’autres entreprises aussi. Pour toutes sortes de raisons, l’effet de l’ouverture de la Chine sur les entreprises du textile, qui sont tour à tour remplacées par des ateliers d’artistes, le petit resto boui-boui mexicain qui s’installe dans un local vacant depuis 3 ans en signant une aubaine comme bail. C’est parfois un mouvement naturel, parfois un peu forcé, mais ce n’est pas d’hier que les quartiers, les villes, évoluent et ce n’est pas demain que cela s’arrêtera. Durant ce temps, cette mouvance crée de l’attractivité, de l’embourgeoisement pour les uns, des occasions d’affaires pour les autres.

C’est aussi l’histoire d’un triplex ayant appartenu à Rosa et son mari depuis 35 ans et qui sont décédés récemment (ça se passe il y a 5 ans, 10 ans, ou 15 ans, peu importe), dont les enfants vivant en banlieue, se sont empressés de vendre au plus offrant (pouvons-nous les critiquer?). Une nouvelle famille arrive avec leurs enfants, si on est chanceux, ils garderont un petit jardin en avant et on aura le droit à un peu d’animation, comme au temps où Rosa se berçant sur la galerie, regardant tendrement son mari cueillir une ou deux tomates pour le souper.

Mais forcément, la nouvelle famille tentera d’augmenter leurs revenus du 2e et 3e pour payer leur nouvelle hypothèque. Peut-être que Mme Germain, au 2e, devra partir, surtout que son mari a été placé en CHSLD le mois dernier et commence à trouver le logis un peu grand. Et ainsi de suite, durant 3 décennies… C’est anodin, chaque cas est anecdotique, mais elle fait son chemin et chaque quartier fait son chemin à travers ce long, ou parfois court continuum de la gentrification, jusqu’à temps que nous ayons des exemples, en résidentiel comme en commercial, plus sauvages où là, on a des images plus frappantes des effets de cette pression immobilière.

Pas la petite famille qui vient remplacer Rosa et son Mari, dont la nouvelle maman, Geneviève s’implique dans l’amélioration de son quartier… Non, l’image qui nous saute dans la face est plutôt celle du grand propriétaire qui achète des immeubles et sans vergogne, tentera d’évincer ses occupants (résidentiel comme commercial pour plus de rentabilité). Ce sont là les effets, les impacts de ce long parfois court continuum de la gentrification, qui a ses bons côtés quand on parle de revitalisation, mais mauvais quand il s’agit de spéculation… mais on fait rarement le lien entre ces différentes situations.

Un cycle bien connu

C’est le cycle bien connu, parfois accéléré (comme ces dernières années à Saint-Henri). Le cas patent du Mile End est à la fois un exemple à l’international, puisqu’il devient l’aboutissement de cette pression immobilière dans les 3 secteurs (résidentiel, commercial et industriel) comme plusieurs quartiers « in » ont connu à travers le monde.

Évidemment je me fais souvent interpeller quand une institution ferme, tel que le Cagibi présentement, la librairie l’Écume des jours hier, ou encore demain (ça sera le tour de qui?)… Quoi faire? Est-ce un cycle naturel ou forcé par les forces du marché de ce continuum de la gentrification, débuté il y a quelques décennies dans notre quartier, par la confirmation de quartier des artistes, la concentration d’étudiants et peu à peu la transformation de petits commerces que tous, paumés comme riches aimions voir arriver?

Les gens accusent souvent un grand propriétaire foncier qui achète des immeubles dans le but, non pas de les pérenniser, mais bien de les rentabiliser à court terme. Reprenant des locaux pour les laisser à des commerces aseptisés au goût du jour qui paieront 2 fois, 3 fois plus que l’ancien prix. On le sait trop cher, pour quiconque cherche à s’établir pour de bon et qui ne fera probablement pas long feu avec le nouveau venu, à moins de vivre sur un gros héritage laissé par papa et maman.

Seules poches de résistance, les quelques commerces indépendants qui sont propriétaires de leur bâtiment, ou encore des projets d’économie sociale, qui par une organisation à but non lucratif ou une coopérative sortent (achètent) du marché, un immeuble, deux immeubles, trois immeubles… pour répondre à des besoins locaux et pérennes. Mais ces exemples sont trop rares.

Bien sûr, l’urbanisme peut parfois aider, limitation de permis d’usage de cafés, restaurants, bars, par une réglementation de contingentement sur une rue, une superficie maximale pour les commerces, favorisant une diversité commerciale et gardant moins attractifs, aux yeux de spéculateurs, certains bâtiments (on le sait un bâtiment qui a un permis de bar ou de restaurant vaut plus cher sur le marché).

Une très forte pression

Mais la pression est forte, tout le monde individuellement tente de s’en sortir, un permis de resto par ci, un agrandissement par là, augmentant du coup la valeur de l’immeuble, le commerçant locataire d’aujourd’hui deviendra le numéro 1 pour être l’évincé de demain par les vautours, qui ne voient que par la transformation de son commerce une nouvelle proie à acquérir.

L’attractivité a bien sûr des limites, les commerces moins nantis et pourtant très attractifs, je parle de ceux qui forment la communauté, s’en iront créer d’autres communautés vivantes ailleurs, on le voit par la gentrification de Villeray, de Saint-Henri, d’Hochelaga, de Rosemont, de la Petite-Patrie, de Verdun et bien d’autres…

Il faut continuer de réfléchir à des pistes de solution, pour garder des quartiers que nous voulons continuer de chérir. Il y a certes des pistes qui ont été peu explorées jusqu’à maintenant. Des modèles à créer…

On peut voir arriver les vautours, mais les vautours sont là, parce qu’ils ont de quoi à manger.

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