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La signalétique revue et corrigée

Culture
En escale à Montréal pour quelques jours à la fin de l’été, l’artiste Clet Abraham s’est appliqué à trafiquer une trentaine de panneaux de signalisation routière, dont celui-ci à l’angle Saint-André et Mont-Royal. (photo : Simon Van Vliet)

Vous avez remarqué les panneaux de signalisation transformés sur le Plateau? Nous avons rencontré l’artiste international qui a réalisé leur transformation.

Attablé au café Expression, sur Mont-Royal, l’artiste breton Clet Abraham, établi à Florence en Italie, explique à Pamplemousse.ca avoir profité d’un « parcours en Amérique » pour s’attaquer, pour la première fois, à la signalétique montréalaise, dont il avoue trouver l’ensemble « assez confus ».

En escale à Montréal pour quelques jours, en route vers Los Angeles (LA) à l’invitation du joueur vedette de basketball Jimmy Butler, l’artiste qui a laissé sa trace un peu partout dans le monde de Paris à Rome en passant par Vancouver, s’est appliqué à trafiquer une trentaine de panneaux de signalisation routière sur le Plateau.

Un panneau d’arrêt redessiné par Clet Abraham sur l’avenue Duluth. (photo : Simon Van Vliet)

L’art urbain en action

Si certaines personnes pourraient être tentées d’assimiler sa démarche à du vandalisme, Clet Abraham se revendique plutôt d’un courant d’art urbain qui mêle recherche esthétique et expression politique. La ligne entre vandalisme et art urbain peut parfois être mince : le salon Beyond the streets qui se tenait cette année à LA s’inscrivait d’ailleurs sous le slogan « Vandalism as contemporary art ».

Alors que l’art urbain devient une discipline de plus en plus reconnue avec des programmes publics comme Muralité, des festivals comme Mural sur Saint-Laurent ou des évènements comme RU sur Mont-Royal, l’art urbain illégal demeure un espace de liberté d’expression important, insiste Clet Abraham. « C’est le seul qui n’est pas filtré ni par l’économie ni par les institutions », explique l’artiste dont les œuvres sont aussi exposées en galerie.

Le travail de Clet Abraham s’inscrit ainsi dans le même esprit que celui de l’artiste Roadsworth. Ce montréalais d’adoption avait fait sa marque à Montréal il y a une quinzaine d’années en altérant au pochoir des passages piétonniers, ce qui lui avait d’ailleurs valu des accusations de méfait public en 2004. Signe que les temps ont changé et que les mentalités ont bien évolué, Roadsworth avait été engagé l’an dernier par l’arrondissement de Rosemont – La Petite-Patrie pour réaliser les saillies peintes au sol sur la rue Beaubien.

Pourquoi la signalétique?

« La signalétique est souvent représentative de la bureaucratie », analyse Clet Abraham quand on lui demande pourquoi il se consacre presque exclusivement à l’altération de signalisation.

En ciblant ce type de mobilier urbain public, qui représente à ses yeux l’une des manifestations les plus explicites du pouvoir coercitif de l’État et de l’administration publique qui dictent au quotidien ce qui est permis et interdit, l’artiste, aux inspirations clairement libertaires, cherche à « revendiquer la liberté et la responsabilité » des individus dans l’espace urbain et à rappeler que l’important est d’être « civil », pas d’être « obéissant ».

« C’est un peu l’interdit qui est le sujet principal », élabore Clet Abraham. L’artiste affirme ne pas tant remettre en question la fonction utilitaire de la signalisation, mais plutôt le symbole autoritaire qu’elle représente. Il s’interdit d’ailleurs de détruire la fonction et d’endommager le matériel dans le cadre de son travail. C’est en partie la raison pour laquelle il utilise des autocollants et non de la peinture. De plus, ses œuvres ne dénaturent jamais complètement la signalisation afin que celle-ci demeure compréhensible.

L’espace public comme toile de fond

Contrairement à d’autres artistes de rue, comme le mythique Banksy, qui s’attaquent régulièrement à la propriété privée, Clet Abraham se concentre uniquement sur le mobilier public.

« Je n’aime pas travailler sur la propriété privée », explique-t-il. Un terrain complètement différent, selon lui, notamment du point de vue éthique, sur lequel il ne se sent pas à l’aise de s’aventurer. Sa démarche artistique et son message politique prennent racine dans l’espace public, insiste-t-il.

S’il ne cherche pas à garder l’anonymat à tout prix, comme Banksy qui a réussi jusqu’à présent à préserver le secret sur sa véritable identité malgré sa notoriété planétaire, Clet Abraham travaille discrètement et rapidement. Il partage le fruit de son travail sur son compte Instagram.

Pour éviter de se faire prendre en flagrant délit, il opère le plus souvent avec un vélo qui lui sert à la fois de moyen de transport et d’escabeau pour atteindre les panneaux. « C’est un des outils indispensables de mon travail », confie l’artiste qui se dit « très pro-vélo » et « plutôt contre les voitures ».

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