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Survivarts : exprimer ses blessures à travers l’art

Culture
Le discours d’ouverture effectué par Johanne Bélisle, Directrice du Centre des femmes de Montréal. (photo : Nicolas Ganzer)

Permettre aux victimes d’agression sexuelle pendant l’enfance d’avoir une plateforme pour exprimer leurs émotions. C’est l’objectif de l’exposition éphémère Survivartsprésentée jusqu’au 30 novembre par le Centre des femmes de Montréal, dans Milton-Parc.

Six femmes ont accepté le défi proposé par Marie-Émilie Louis, coordonnatrice des services psychosociaux et dramathérapeute au Centre des femmes de Montréal. « Parfois, les images ou l’expression théâtrale, par la distance des jeux, offrent une plus grande liberté d’expression. Six participantes que j’accompagne depuis mes débuts au centre des femmes ont répondu présentes pour ce projet d’exposition et je suis vraiment très émue par les œuvres, qui ne décrivent pas seulement la souffrance, mais aussi la force et le courage d’aller de l’avant. De continuer à vivre malgré les cicatrices encore très vives. »

Beaucoup d’émotions

Lors du vernissage, qui a eu lieu le 27 novembre, l’émotion était palpable dans la salle. Les œuvres présentées sont très variées, il y a des peintures, des poèmes, des sculptures en carton, des expériences auditives, des mises en scène avec mobiliers, des dessins et une grande toile en tissu au milieu de la pièce où des mots et des photos d’enfance des participantes sont intégrées.

« Je trouve cela extrêmement touchant d’être devant cette toile. J’ai mon petit papier, car je suis incapable de dire un petit mot dans ces circonstances », a annoncé fébrilement, en discours d’ouverture, Johanne Bélisle, directrice générale du Centre des femmes de Montréal.

« Je veux dire un énorme merci à ces six femmes au courage extraordinaire, qui ont accepté de partager avec vous des moments de leurs vies, des moments extrêmement tragiques de leurs vies pour, j’ose croire, dénoncer, pour partager avec vous, pour sensibiliser et faire en sorte que ces gestes-là ne se reproduisent plus ».

La force est un sentiment qui prédomine pour décrire les participantes qui se sont prêtées à l’exercice. Face aux œuvres, on ressent évidemment de la honte, de la colère, de la tristesse, mais surtout de l’admiration envers ces femmes qui ont su surmonter des épreuves inimaginables et ont trouvé l’abnégation nécessaire pour le montrer publiquement.

« Elles sont pour moi mes modèles, elles sont pour moi mes super héroïnes, lance Marie-Émilie Louis. Je crois que ces femmes représentent ce que c’est que de survivre et de vivre au quotidien avec ces traumatismes d’enfants. Elles n’ont, pour la majorité, pas été entendues, crues, protégées et ce soir elles s’expriment pour enfin être entendues, crues, et soutenues par votre présence ».

Une lutte immense

Une exposition qui arrive un peu plus d’un an après le début du mouvement #Metoo et qui reste ancrée dans l’actualité. En effet, le Centre a reçu pas moins de 48 000 demandes de femmes vivant des difficultés personnelles, familiales, sociales ou économiques dans la dernière année.

Le Centre des femmes de Montréal existe depuis plus de 45 ans, et a toujours eu pour but d’aider les femmes. Le centre intervient sur plusieurs plans, par exemple contre les situations de violence ou de pauvreté et offre un soutien à l’intégration au marché du travail. Il aide également les nouvelles immigrantes, les femmes autochtones et les futures ou nouvelles mamans. C’est depuis 1987 qu’un service spécifique pour les femmes adultes ayant connu l’inceste est offert.

Les participantes, accompagnées de Marie-Émilie Louis et de Kristina Parker, stagiaire en art-thérapie, ont participé à une quinzaine d’ateliers pour avancer leurs projets. Des séances où elles se trouvaient dans un espace de non-jugement, où elles pouvaient partager leurs doutes et excitations face à leurs réalisations.

« Ce que vous voyez ce soir est le reflet de ces ateliers et une partie de leurs parcours de vie. Il y a eu le mouvement #metoo, il y a eu aussi le mouvement #jesuisindestructible. Pour moi, ces femmes elles ne sont pas indestructibles, elles essayent juste de vivre avec et de continuer à avancer, malgré un lourd poids qui les poursuit. »

#jesuisindestructible, est un mouvement québécois qui a vu le jour en septembre 2013 et qui encourage les personnes victimes d’agressions sexuelles à raconter leur histoire de façon anonyme ou non. D’extérioriser leurs émotions de façon créative et libératrice.

Survivarts s’inscrit dans le cadre des 12 journées d’action contre la violence faite aux femmes. Un événement organisé depuis 2008 par la Fédération des femmes du Québec. Ces 12 jours se tiennent du 25 novembre au 6 décembre, jour de la commémoration de la tuerie de Polytechique.

L’exposition a été rendue possible grâce au financement du ministère de la Justice du Québec, à hauteur de 29 572 $. Un montant qui s’inscrivait dans un programme d’aide pour des projets visant à soutenir les victimes d’actes criminels. Vous avez jusqu’au 30 novembre pour aller la voir à la Galerie Eastern Bloc, située au 7240 rue Clark.

D’ailleurs, même si l’exposition est éphémère « on serait extrêmement heureuse qu’elle devienne un peu comme une exposition itinérante. Qu’elle puisse se promener dans d’autres lieux pour sensibiliser le plus grand nombre de gens », espère Johanne Bélisle. Elle mentionne, par exemple, les Maisons de la culture comme possible destination, mais pour l’instant rien n’est fait de ce côté-là.

Dans son discours, la Directrice s’est rappelé ses débuts et les premières histoires de femmes qui ont marqué à jamais son parcours. « C’est l’histoire que beaucoup trop de femmes vivent aujourd’hui. Nous avons une responsabilité de partager ces moments-là avec elles. Faire en sorte de sensibiliser autour de nous pour que ces gestes cessent. »

En savoir plus

Pour connaître les activités qui se déroulent durant les 12 journées d’action contre la violence faite aux femmes, vous pouvez consulter le calendrier.

 

 

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