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Des habitants du Plateau Mont-Royal luttent contre le gaspillage alimentaire

Vie de quartier
Atlantide Desrochers (au centre), travaille d'arrache-pied pour diminuer le gaspillage alimentaire et aider les autres. (photo tirée de la page Facebook de Partage & solidarité)
Atlantide Desrochers (au centre), travaille d’arrache-pied pour diminuer le gaspillage alimentaire et aider les autres. (photo tirée de la page Facebook de Partage & solidarité)

Depuis trois ans, le groupe Partage & solidarité s’active sur le Plateau Mont-Royal pour mettre un terme au gaspillage alimentaire, sous l’impulsion d’Atlantide Desrochers.

En plein cœur du Plateau Mont-Royal, Atlantide Desrochers donne rendez-vous dans l’un de ses endroits préférés, le café Tuyo, pour évoquer ce qui, depuis plusieurs années, occupe une bonne partie de son temps libre et lui tient particulièrement à cœur : la lutte contre le gaspillage alimentaire. Depuis trois ans, cette Montréalaise déplace des montagnes pour récolter des invendus alimentaires et les distribuer aux personnes en difficulté. Atlantide Desrochers va même plus loin : elle souhaite maintenant se faire entendre des politiques, et réclame un projet de loi.

Pour Atlantide Desrochers, tout a commencé par un « déclic » : « Un jour, dans le centre-ville de Montréal, j’ai découvert des brocolis tout frais en très bon état dans les poubelles d’une enseigne. Et en faisant la tournée des bennes à ordures, je me suis aperçue que ce cas était loin d’être isolé. Il y avait comme une bousculade à l’intérieur de moi. On jette de la bonne nourriture, en quantité, et tous les jours ! C’est une aberration. En parallèle, cela fait 43 ans que j’entends dire que des gens meurent de faim sur cette terre. Je me suis dit : ce n’est tout simplement pas possible. » Elle ajoute également : « Aller faire le tour des magasins le soir quand ils ferment et trouver des fruits et légumes, parfaitement emballés, c’est troublant. »

Du jour au lendemain, Atlantide Desrochers se lance dans l’action : « C’était quelque chose d’instinctif. Je suis comme ça, c’est ma façon de fonctionner. » Elle fait le tour des commerçants et entame la redistribution autour d’elle.

Une pétition en ligne

Trop souvent, les invendus se retrouvent jetés à la benne. Une pratique de dénonce Atlantide Desrocher. (photo tirée de la page Facebook Partage & Solidarité)

Trop souvent, les invendus se retrouvent à la benne. Une pratique de dénonce Atlantide Desrochers. (photo tirée de la page Facebook Partage & solidarité)

Son partenariat débute avec une boulangerie — souhaitant rester anonyme —, qui lui donne des sandwichs. Assez rapidement, Atlantide Desrochers parvient à convaincre d’autres commerces. Elle crée aussi (janvier 2016) un groupe Facebook baptisé Partage & solidarité, qui compte aujourd’hui près de 4000 membres. La page est même devenue une plate-forme d’entraide à l’échelle du quartier. Dans le même élan, Atlantide Desrochers invente le premier frigo collectif du quartier, à son domicile, qui permet de venir chercher des denrées.

À l’heure actuelle, Partage & solidarité compte 25 commanditaires, des commerçants du PMR, et a ouvert un second frigo à la Maison de l’Amitié, là même où au printemps dernier fut créée la Cabane de l’Amitié, lieu de dons et d’échanges. Chaque mardi, une distribution y a lieu et le 22 décembre se déroulera un nouveau marché-partage où des familles viendront chercher des paniers, « sans justificatifs », précise l’organisatrice. « Nous tenons à respecter la dignité de la personne. » Partage & solidarité espère aussi bientôt pouvoir se doter d’un véhicule et obtenir un local.

Si l’activité du groupe se développe, si la lutte contre le gaspillage reste la priorité pour tous les bénévoles, un nouveau défi les anime : obtenir un projet de loi demandant aux commerces de ne plus jeter dans les bennes à ordures les invendus. Et selon Atlantide Desrochers, cela n’est plus qu’une question de temps : « Cette loi arrivera en Amérique du Nord, j’en suis certaine. C’est une des lois les plus censées que l’on puisse réclamer », confie cette maman de trois enfants, qui a lancé une pétition en ligne qui comptabilise 8100 signatures. Atlantide Desrochers se démène pour sensibiliser un maximum de personnalités politiques sur le sujet : « En France, en Italie, en Finlande, ces lois existent déjà. Et le plus souvent, elles sont parties d’une pétition citoyenne. » Elle qui a grandi dans un milieu ouvert sur le monde et bercé de tolérance, observe la société actuelle en faisant un pas de côté et assure : « Actuellement, celui qui jette de la bonne nourriture aux ordures ne fait rien d’illégal, et celui qui fait les poubelles est considéré comme illégal. Ne devrait-ce pas être l’inverse ? »

Pour une société plus juste

À tous ceux qui lui renvoient des arguments de concurrence déloyale, l’accuseraient de vouloir faire du tort aux commerces, la militante rétorque : « Ce n’est pas vrai que cela va faire du tort aux commerçants. Au contraire, tous ceux qui nous aident sont satisfaits de le faire. Et lorsque ces gens auront les moyens de consommer, c’est chez ces commerçants en premier qu’ils viendront faire leurs courses. Ce que nous portons, c’est un projet de société plus juste et équitable. Un projet de loi anti-gaspillage qui offrira aux commerçants la possibilité de jouer un rôle majeur auprès de leurs concitoyens et qui permettra à plusieurs milliers de personnes de mieux se nourrir. »

Pleine d’optimisme, l’équipe de Partage & solidarité a déjà étendu son action dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve et espère bien faire de même un peu partout dans la ville.

À retenir :

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