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Jean-François Bélanger: un musicien aux notes scandinaves

Culture
Résidant du Plateau, Jean-François Bélanger explore différents instruments venus de loin comme le kontrabasharpa. (photo : courtoisie Pedro Ruiz)
Résidant du Plateau, Jean-François Bélanger explore différents instruments venus de loin comme le kontrabasharpa. (photo : courtoisie Pedro Ruiz)

Le nyckelharpa, vous connaissez ? Et le kontrabasharpa, le tenorharpa ou le concertina? Pour Jean-François Bélanger, ces instruments venus d’un autre monde et d’une autre époque, font partie du quotidien de cet artiste résidant sur le Plateau. Rencontre.

Dans son appartement situé en plein cœur du quartier, secteur Laurier, ce psychiatre en activité cultive une passion pour la musique traditionnelle et notamment les sons d’autrefois venus d’Europe du Nord et de Scandinavie, au point d’y consacrer presque tout le temps libre que lui permet sa profession et son rôle de jeune papa.

Jean-Françcois Bélanger est un véritable passionné d'instruments anciens, ici le nyckelharpa. (photo : courtoisie Laurence Campbell)

Jean-Françcois Bélanger est un véritable passionné d’instruments anciens, ici le nyckelharpa. (photo : courtoisie Laurence Campbell)

À l’intérieur de l’appartement familial, une salle entière est consacrée à cette passion apparue au moment de sa majorité. « Petit, j’ai choisi de jouer du violon parce que mon oncle m’y avait sensibilisé. J’ai reçu une formation classique, puis j’ai abandonné à l’adolescence. C’est en fin de secondaire que je m’y suis à nouveau intéressé. » Avec la musique, l’étudiant qui s’engage alors dans un cursus de médecine, dit avoir découvert sa « voie musicale » et s’intéresse avant tout aux airs populaires.

Une démarche qui l’amène assez naturellement à explorer le répertoire folklorique, celtique en particulier. « Toutes les musiques traditionnelles ont un langage commun dans la manière dont elles sont structurées, il y a de la force dans ces musiques. Ce n’est pas vrai qu’elles sont ringardes. C’est un peu comme les contes pour enfants, qui sont toujours très présents. Très vite, j’ai senti que c’était avant tout l’humain qui transpirait à travers ces musiques. En m’intéressant à la musique québécoise et celte, en les explorant un peu plus,  je suis arrivé à la musique scandinave, qui était alors dans une extraordinaire période de renouveau. »

Un résistant !

Vingt années ont passé, et Jean-François Bélanger confie aujourd’hui : « Je pense que je ne saurais plus vivre sans musique. » Artiste indépendant doté d’une grande dose d’humilité, le regard aussi clair que de l’eau de roche qui traduit une sincérité à toute épreuve, le multi-instrumentiste n’est pas du genre à « surfer sur la vague ». L’instrumentiste de l’année 2018 (catégorie artiste solo) aux Prix de la musique folk canadienne savoure la récompense, mais n’entend pas pour autant se laisser influencer par les tendances ni les effets de mode : «  Il y a quelque chose dans notre société qui nous pousse à vouloir aller toujours plus vite. J’ai conscience que faire de la musique comme je le fais, c’est un peu un acte de résistance, je pédale à contre-courant ! Mais la création n’est pas commandée, cela doit rester quelque chose de spontané. »

Comment crée-t-il justement ? En prenant le temps, en écoutant d’abord ses propres sensations, ses impressions, puis en traduisant sa sensibilité par des notes, sans passer par l’étape de la partition. Il imagine les compositions dans sa tête puis les concrétise directement sur l’instrument. Magique ! Depuis toujours, cet artiste suit une ligne créatrice qui semble s’être introduite dans son ADN, une espèce d’intuition musicale, qui le guide jour après jour.

Avec la vingtaine d’instruments qu’il maîtrise, Jean-François Bélanger explore des frontières intimes par la force de la musique et exprime une grande palette de sentiments, de la nostalgie, de la douceur, mais aussi parfois de la colère ou encore de la violence. Il dit suivre « un élan personnel ». « C’est  pour moi comme un besoin vital. » Il compose, il crée, il joue et donc, il vit. Résultat : mélange de musique baroque et traditionnelle, avec des accents parfois plus folks et plus rythmés, sa musique instrumentale qui met en valeur les sons des cordes scandinaves (le nikelharpa surtout) ne ressemble à aucune autre.

Compositeur ouvert sur le monde

Jenan-ançois Bélanger (au centre) avec Élisabeth Giroux et Yann Falquet (photo : courtoisie Guillaume Morin)

Jean-François Bélanger (au centre) en tio avec Élisabeth Giroux et Yann Falquet (photo : courtoisie Guillaume Morin)

L’enfant de Sainte-Mélanie, Montréalais d’adoption tombé sous le charme de l’aspect cosmopolite de la grande ville où il a parfois pu acheter des instruments aux immigrants, est un compositeur ouvert sur le monde, et avant tout sensible à la richesse humaine : « La musique est pour moi un langage » poursuit cet autodidacte. Avec, au compteur, cinq albums (« et de nombreux autres dans la tête »), Jean-François Bélanger découvre désormais le plaisir de la scène, un exercice encore récent pour lui, mais qu’il apprivoise progressivement, grâce aussi à son travail d’introspection : « Jusqu’à présent, j’aimais beaucoup faire les arrangements en studio. Les concerts, c’est encore autre chose, mais j’y ai découvert l’échange fraternel qui peut se produire entre les musiciens et avec les spectateurs, une communication avec le public plein de sensibilité. Nous avons sans doute des choses à nous dire. »

Mais là encore, pas de précipitation. « JFB » ne multiplie pas les dates. Pas de course effrénée contre le temps, il reste fidèle à son équilibre harmonieux, clé de voûte du travail de cet artiste décidément unique en son genre.

Prochains concerts à Montréal : le 7 février 2019, 20 h, à La Chapelle, 3700 rue Saint-Dominique ; le 3 mars 2019, 15 h, église Saint-René-Goupil, 4251 rue du Parc René-Goupil. Renseignements : jfbelanger.com

Erratum: Quelques erreurs s’étaient glissées dans le texte. Notamment, Jean-François Bélanger a été nommé Instrumentiste de l’année aux Prix de la musique folk canadienne, et non Artiste de l’année comme il était écrit précédemment. Toutes nos excuses.

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