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La lutte pour le terrain de balle-molle du parc Jeanne-Mance continue

Politique, Vie de quartier
Une mobilisation citoyenne s’organise pour faire revenir le terrain nord qui fut détruit fin mai 2018. (photo : courtoisie de la communauté de balle-molle du parc Jeanne-Mance)

Des citoyens ont réussi à récolter plus de 10 000$ dans le cadre d’une campagne de sociofinancement pour aider l’action en justice en cours, qui obligerait la Ville de Montréal à revenir sur la destruction du « terrain nord » de balle-molle du parc Jeanne-Mance.

Au total, la cause a rallié une centaine de citoyens qui ont appuyé financièrement cette campagne sur le site gofundme.com. Le tout en moins d’un mois. « Une rapidité qui surpasse nos plus folles attentes ! Beaucoup de dons des membres de notre communauté, mais aussi des dons anonymes importants et des personnes en dehors de notre réseau. C’est très touchant ! », confie Marie-Claude Lacerte, la responsable média de la communauté de balle-molle du parc Jeanne-Mance.

La demande de révision judiciaire

L’action en justice a été intentée contre la ville, et non l’arrondissement, au mois de juin dernier. La décision a dû être prise rapidement, puisqu’un délai de 30 jours existe pour demander une révision judiciaire.

Le terrain, qui était entouré de l’Avenue du Parc, de l’Avenue Mont-Royal et de l’Avenue de l’Esplanade, a été détruit entre le 29 et le 30 mai 2018, soit une semaine seulement après l’annonce. Une surprise pour les utilisateurs, puisque l’administration de Luc Ferrandez, le maire de l’arrondissement Le Plateau-Mont-Royal, avait assuré à plusieurs reprises que le terrain serait conservé.

Cette décision a été prise après la divulgation d’un rapport balistique, qui analysait l’endroit où les balles ressortaient, dans l’éventualité de mettre des grillages plus haut aux endroits clefs. Si la Ville jugeait le site dangereux, suite à cette analyse, les joueurs voient le tout d’un autre oeil. « (…) la communauté a alors constaté que ce rapport n’apportait aucune conclusion concernant la destruction du terrain, mais indiquait seulement que la pose de nouvelles clôtures pourrait rendre le terrain plus sécuritaire », peut-on lire dans la description de la pétition disponible en ligne.

« Notre première réaction, c’était la colère, car on pensait que la Ville avait un agenda caché », raconte Marie-Claude Lacerte qui est également une joueuse de balle-molle. Pourtant, à ce moment-là, un processus de consultation pour le plan directeur du parc était en cours.

« Ce qui est bizarre, c’est que la ville a détruit le terrain avant d’avoir fini les consultations pour le plan directeur du parc. La ville aurait pu attendre en 2020. Car dans ce processus il y avait une rencontre spécifiquement pour les joueurs du parc Jeanne-Mance, mais cette rencontre a eu lieu le 7 juin, après la destruction », s’étonne la responsable média.

Six personnes ont signé la demande de révision judiciaire, dont Marie-Claude Lacerte.

Depuis la destruction, la communauté n’a jamais cessé de se mobiliser pour sauver le terrain. Surtout en étant très présente sur les différents médias sociaux : « On a fait des campagnes sur les médias sociaux avec des portraits de joueur racontant des histoires personnelles pour montrer que le terrain est plus que juste un terrain, qu’il permet de tisser des liens entre les membres de la communauté. »

Nick Dodd, avocat et joueur de balle-molle, a décidé de prendre le cas en pro bono. Malgré cela, la campagne de sociofinancement s’est avérée nécessaire pour des frais connexes pour défendre le cas devant la justice.

L’origine

En 2016, une dame se fait toucher par une balle en provenance du terrain nord. Elle attaquera la ville en justice et obtiendra réparation financière.

En 2017, c’est le moment de la rénovation des terrains de tennis adjacents. Le terrain de balle nord sera réquisitionné pour entreposer la terre et divers autres matériaux de construction. Une mobilisation des joueurs de balle-molle s’ensuit, pour s’assurer que le terrain leur reviendra. Et puis, en 2018, Projet Montréal arrive au pouvoir.

« Quand l’administration a changé, de manière proactive, des membres de notre communauté ont contacté la nouvelle administration pour demander si l’entente tenait toujours. On a des promesses écrites de cela », rappelle Marie-Claude Lacerte.

Elle explique que, malgré toutes ces initiatives de la part de la communauté et les promesses des divers pouvoirs décisionnels, le terrain fut détruit le 30 mai 2018.

Par la suite, la communauté de balle-molle du parc Jeanne-Mance s’est organisée. Elle a participé à tous les conseils de ville et ceux de l’arrondissement Le Plateau-Mont-Royal, parfois avec des pancartes pour protester.

« On a fini par rencontrer les fonctionnaires impliqués dans la décision. On leur a remis un document de 60 pages sur notre analyse de la situation et les raisons pour lesquelles on juge que c’est possible de ramener le terrain ».

Malheureusement, depuis, c’est le statu quo.

Loin d’être fini

Advenant le cas où la communauté ait gain de cause lors du procès, l’argent récolté lors de la campagne de sociofinancement ne sera pas tout utilisé. Si cela arrive, un plan est déjà prévu.

« Nous avons donc élaboré une politique pour cette éventualité et les donateurs ayant donné plus de 50 $ peuvent réclamer une remise de fonds. On sait déjà que certaines personnes ne voudront pas de remboursement et souhaitent que l’argent soit utilisé pour la communauté. On décidera alors de ce qui est le plus bénéfique, comme l’achat d’équipement ou pour l’organisation d’événements communautaires. »

En plus des actions diverses et de la campagne de financement, la communauté de balle-molle du parc Jeanne-Mance a déposé une plainte devant l’ombudsman de la ville le 27 décembre. Elle est accompagnée d’un dossier qui fait pas moins de 87 pages pour expliquer la situation.

L’ombudsman est le protecteur du citoyen. Indépendant et impartial, il intervient lors de plainte à l’égard des services publics. Il pourra enquêter sur l’affaire, et pourrait faire des recommandations à la ville. Cependant, il n’a pas le pouvoir d’exiger ou d’ordonner.

Ce n’est pas la première fois que ce dossier est critiqué par les citoyens de l’arrondissement. En novembre, Jean-Pierre Szaraz, candidat défait au poste de conseiller d’arrondissement dans le district de Lorimier pour Équipe Coderre, mentionnait que ce dossier était l’une de ses grosses déceptions de l’administration Ferrandez. Il regrettait la disparition d’un lieu de rassemblement multiculturel où se jouaient des parties de balle-molle depuis plus de 100 ans.

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