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État des lieux, l’exposition touchante d’anciens adolescents placés

Culture, Éducation
Les oeuvres des jeunes participants. (photo : Mélina Desrosiers, Coup d'éclats)
Les oeuvres des jeunes participants. (photo : Mélina Desrosiers, Coup d’éclats)

La Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal accueille jusqu’au 10 mars une exposition relatant le point de vue de jeunes sur leurs années passées dans les centres de la protection de la jeunesse.

Kevin, Jessica, Samuel, Camille et les autres ont un point commun : ces adolescents ont grandi dans les services de la direction de la protection de la jeunesse. Durant leurs parcours, ils ont participé un projet artistique, dont le résultat est actuellement présenté à la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal, jusqu’au 10 mars.

Un projet de longue haleine

Initié en 2012 par Funambules Médias, ce projet a été porté par Coup d’éclats et se concrétise sept ans plus tard par une exposition touchante et pleine de sensibilité, résultat d’un travail long et intense avec des jeunes à qui l’on donne rarement la parole. Lors d’ateliers baptisés Porte-Voix, les adolescents volontaires — tous mineurs au moment des ateliers — ont rencontré des artistes avec lesquels ils ont d’abord longuement échangé. « Ces ateliers de paroles ont permis de retenir des thèmes importants aux yeux des jeunes. Comment grandir avec l’étiquette “d’enfants placés” ? Comment se construire loin de ses racines, de sa famille parfois ? Que faire de la violence qu’ils ressentent », explique Émily Laliberté, directrice artistique de Coups d’éclats, et pilier de cette longue aventure. Si le projet a débuté avec des jeunes de la Cité des Prairies, il s’est progressivement ouvert à d’autres centres jeunesse de Montréal.

Au total, une dizaine de créations sont présentées. Des œuvres à travers lesquelles ces adolescents qui n’ont pas grandi dans des cocons dorés dévoilent leur colère, leurs craintes, leurs espoirs, mais aussi leurs talents et esprits créatifs. De vidéos en photographies, de témoignages écrits en courts-métrages, les créations permettent au grand public, mais aussi à  tous ceux qui encadrent le système de protection de la jeunesse, de pénétrer un peu plus dans l’intimité de ces jeunes.

Une ambition politique

Une centaine d’adolescents ont participé de près ou de loin au processus de création. « Nous avons rencontré des jeunes de plusieurs centres, et de façon régulière, durant des ateliers de trois heures. C’était quelque chose d’assez intense », confie Mélina Desrosiers, chargée de projets et cocréatrice. Émily Laliberté complète : « Au début du projet, il se passe souvent la même chose : les jeunes disent que personne ne s’intéressera à ce qu’ils ont à dire ou à montrer. Mais, progressivement, ils adhèrent au projet, se sentent écoutés et reconnus. Car leur témoignage peut devenir une solution. C’est aussi l’objectif de la démarche : faire bouger les choses. Nous ne voulions pas d’exposition artistique sans avoir un impact politique. »

À la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal, plusieurs thèmes récurrents viennent rappeler aux spectateurs un quotidien souvent difficile à vivre : certains travaux, tels ces textes écrits par les jeunes et présentés en parchemin sur le mur, évoquent l’enfermement ; une série de quatre photos grands formats s’intéresse au pouvoir d’agir de jeunes placés originaires d’autres pays et montre, au-delà des préjugés ou du racisme dont ils ont été les victimes, qu’ils cultivent encore de jolis rêves : celui d’apprendre, de faire des études…

« En parlant avec les jeunes, en imaginant les projets, on a voulu faire le maximum pour aller au bout de leurs idées, même celles qui semblaient irréalisables », explique Mélina Desrosiers. Comme cette installation posée au milieu de la salle et qui représente une chambre dans un centre jeunesse, grandeur nature, que l’on peut visiter. Ou encore cette immersion en réalité virtuelle dans un centre jeunesse, où le public se déplace de l’intimité d’une chambre aux parties communes. « Une voix chuchote à l’oreille du spectateur et lui fait visiter les lieux. Cela crée un sentiment d’enfermement, exactement comme celui que ressentent les jeunes », reprend Mélina Desrosiers.

Difficile, sur ce parcours artistique, de ne pas être touché par certaines images, certaines paroles. Prendre le temps de lire les textes de ces jeunes, c’est comprendre des angoisses omniprésentes, des déchirements profonds, des états d’âme qui rongent un avenir en construction. « À vous qui avez-voulu vous me détruire, me voilà toujours debout », écrit une jeune fille. Un témoignage qui semble directement faire écho à cette observation d’Émily Laliberté : « Les jeunes se sont beaucoup livrés, se sont beaucoup donnés, mais au final, ce projet a modifié la perception qu’ils ont d’eux-mêmes et on espère qu’il aura un impact sur leur propre vie. »

L’exposition « État des lieux, porte-voix » est présentée à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal jusqu’au 10 mars, du mardi au jeudi, de 13 h à  19 h et du vendredi au dimanche, de 13 h à  17 h, au 465 avenue Mont-Royal Est. 514 872 2266. Entrée gratuite.

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