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Les malvoyants aussi veulent avoir un vrai accès à internet !

Éducation, Santé
Une personne navigue sur internet avec un clavier classique combiné avec un clavier en braille. (photo : courtoisie du RAAMM)

Seulement 20 % des sites web québécois obtiennent une note passable en matière d’accessibilité d’internet, selon le Regroupement Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain (RAAMM). L’organisme, situé près du métro Laurier, veut se servir de ces résultats pour alerter les concepteurs.

Le fait même que des personnes malvoyantes ou aveugles naviguent sur internet peut paraître surprenant pour beaucoup de gens. Jean-Marie D’Amour, le président du RAAMM, aime rappeler que oui, les malvoyants vont sur internet. Et pour cause, de nos jours, tout se passe sur la toile.

Des résultats inquiétants

L’enquête a permis de passer en revue près de 1000 sites québécois, puis la liste a été descendue avec un test plus poussé pour 125 des principaux sites québécois consultés par les personnes ayant différentes difficultés visuelles ou qui sont carrément aveugles, comme Yvon Provencher, agent de développement et de communication au RAAMM, qui explique le but de cette enquête :

« On avait l’intuition qu’il y avait un gros problème d’accessibilité d’après nos expériences personnelles, mais aussi le retour qu’on recevait de nos membres, sans arriver à en définir l’ampleur. On voulait donc documenter le dossier pour que, quand on fait des interventions, notamment auprès du gouvernement du Québec, on puisse leur montrer l’état actuel de la situation. »

Un constat qui est loin d’être réjouissant, alors que moins de 20 % des sites finissent avec un résultat acceptable. Et quand Jean-Marie D’Amour parle d’un niveau acceptable, c’est qu’un utilisateur sur deux ne se perdait pas en naviguant sur le site.

Les sites du gouvernement font un peu mieux avec 33 %. Pourtant, « le standard d’accessibilité a été édicté en mai 2011, à la suite de quatre années de discussions avec les responsables des sites web de 25 ministères et organismes gouvernementaux », rappelle M. D’Amour.

Une nouvelle version est sortie en juillet 2018. En plus des sites du gouvernement, tous les sites du réseau d’éducation et de santé devront s’ajuster. Ils ont jusqu’en juillet 2020 pour rendre le contenu des deux dernières années accessibles à tous, et quatre ans pour l’entièreté de leurs plateformes.

Un échéancier qui inquiète Jean-Marie D’Amour, au vu des résultats des sites gouvernementaux. « Aucun budget n’a été donné ni aucun programme de formation et personne n’a fait de contrôle. Résultat, après sept ans, on se retrouve avec seulement un site gouvernemental sur trois qui a une certaine allure. […] Là, on veut intervenir dans les prochains mois, auprès du ministère de l’Éducation, pour les convaincre qu’il faut soutenir cette démarche-là, s’ils veulent que les commissions scolaires, les cégeps et les universités aient des sites accessibles dans les délais prévus. »

Dans le cas contraire, les résultats pourraient être très décevants.

Comment rendre un site accessible pour tous ?

Pour sensibiliser les gens, le RAAMM possède des lunettes qui simulent différentes problématiques visuelles. Les enfiler permet de faire prendre conscience des problèmes que cela engendre de vouloir naviguer sur internet en ayant une visibilité limitée ou nulle.

Pour naviguer sur la toile, un malvoyant ou aveugle doit avoir des logiciels adaptés à son handicap. ZoomText, est un logiciel de grossissement qui, au Québec, est prêté gratuitement par la régie de l’assurance maladie. Il permet d’agrandir le texte, mais de garder le focus, si jamais un message d’erreur arrive. Évidemment, cela fonctionne si le concepteur du site à bien fait son travail.

« Le logiciel permet aussi de lire à haute voix le bloc de texte qui nous intéresse, si on arrive à le trouver », prévient M. D’amour.

Il faut ensuite avoir un logiciel de lecteur d’écran. Il y en a deux principaux : JAWS dont la licence coûte 1500 dollars, mais qui est également fourni gratuitement par la régie de l’assurance maladie. Le deuxième, NDVA, est un logiciel open source, donc libre accès. L’un et l’autre sont assez complémentaires, sur certains sites ou navigateurs, JAWS fonctionne mieux, et sur d’autres, c’est NVDA.

Les logiciels lisent le code HTLM de la page, et annoncent à haute voix ce qu’il se passe à l’écran. Par exemple, le logiciel va annoncer l’élément où la personne se trouve et lui lire le texte. Si l’utilisateur arrive sur une citation (bloc « quote » en html), le logiciel va lui dire « Citation » et va ensuite lui lire le texte, ce qui lui permet de savoir que c’était une citation. Et le logiciel fonctionne de même pour tous les éléments de la page.

« On a comme objectif d’aller rencontrer les responsables des sites, c’est de leur montrer les difficultés qu’on a eues, et les convaincre qu’il faudrait qu’il fasse quelque chose et les aider à partir du bon pied. »

Jean-Marie D’Amour a mis sur le site du RAAMM de la documentation gratuite qui donne des conseils pratiques pour y arriver.

La méthodologie

L’outil automatique WAVE a testé 960 sites québécois. Trois éléments étaient examinés : la page d’accueil, une page de formulaire et un élément interactif.

Les 125 sites qui ont été retenus pour un examen plus approfondi ont été testés par des duos composés d’une personne voyante et d’une autre, non-voyante. Le compteur démarre à 10 et baisse à chaque problème rencontré, qu’il soit petit ou gros. Un exemple de problème sérieux, c’est lorsqu’un lien pointe vers une image non identifiée.

Certaines situations peuvent être frustrantes pour ces personnes-là, notamment concernant les formulaires d’inscription avec des Captchas, ces boîtes de dialogues qui vous demandent de résoudre de petites énigmes pour prouver que vous n’êtes pas un robot malveillant. Bien souvent, ce sont des images ou des mots, impossibles à voir une personne aveugle.

Une situation qui est notamment frustrante dans le commerce en ligne. Si l’onglet où rentrer les informations de carte de crédit n’est pas clairement identifié dans le code HTLM, une personne non voyante ne pourra jamais payer.

D’ailleurs, ces sites-là obtiennent les pires résultats de l’enquête.

« Dans le commerce électronique, c’est un peu moins de 7 % des sites qui ont un niveau acceptable d’accessibilité, regrette Jean-Marie D’Amour. Pourtant, leur objectif c’est de rejoindre le plus de monde possible. Pour gagner 15 à 20 % de personnes en plus, il leur suffirait d’augmenter leur budget de 5 à 10 % pour une refonte de leur site. »

Yvan Provencher regrette aussi que les municipalités ne fassent pas mieux. Seulement une municipalité sur les 50 plus importante a obtenu une note acceptable. Il a d’ailleurs eu une expérience peu agréable dernièrement, qui démontre bien l’étendue du problème :

« Il y a deux jours, j’ai reçu un communiqué de la ville de Montréal présentant un nouveau programme de stages pour les personnes handicapées à Montréal, où il faut s’inscrire en suivant un lien. C’était un communiqué que la ville voulait qu’on diffuse. J’ai décidé de tester le lien avant de le faire. Le lien m’a amené à une page où je peux choisir avec une liste déroulante. Là, c’est correct. En dessous, il me disait : si vous travaillez déjà pour la ville, il y avait un lien. Mais si la personne ne travaille pas pour la ville, elle doit s’inscrire. J’ai donc décidé de continuer mon enquête pour voir si cela fonctionnait. On arrive à un beau formulaire, bien indiqué, mais, à la toute fin, il y a un captcha qui est uniquement visuel. J’ai donc malheureusement répondu qu’on ne pouvait pas diffuser ce communiqué-là. »

Une situation que ces personnes vivent, malheureusement, au quotidien.

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