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La nouvelle réglementation sur les mezzanines dévoilée

Immobilier, Politique
Un exemple d’une mezzanine sur la rue Clark. (photo : courtoisie de Martin Desjardins immobilier)

En août 2017, l’arrondissement avait tenté d’interdire la construction des mezzanines avant de reculer pour retourner à la table de travail. Ce mardi 19 février, les élus ont présenté leur nouvelle réglementation.

Plusieurs dizaines de résidents avaient pris place dans un des amphithéâtres du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec de la rue Henri-Julien. Pendant plus de cinquante minutes, ils ont écouté attentivement Simon Lemieux, conseiller en aménagement de l’arrondissement le Plateau Mont-Royal, exposer les nouvelles dispositions prévues avant de prendre la parole à leur tour. Quand ils l’ont fait, nombreux, les réactions ont été plus que mitigées.

Les nouveautés

Une mezzanine est usuellement une sorte de balcon intérieur, qu’on rajoute dans l’espace à vivre pour simuler un étage de plus si le plafond le permet. Dans le cadre de cette réglementation, le terme mezzanine désigne plutôt une pièce complète qu’un propriétaire veut ajouter en utilisant le toit pour s’agrandir (comme sur la photo qui illustre l’article). Cela permet d’augmenter la partie habitable sans avoir à déménager, lors de l’arrivée d’un enfant par exemple.

Le principal point de discorde de la présente réglementation se trouve dans la différence de traitement entre les propriétés unifamiliales et les bâtiments de plus d’un logement. En effet, les premiers ne pourront pas construire de mezzanine pour agrandir leur espace, à moins de passer par une démarche de projet particulier. Celle-ci serait plus longue et plus coûteuse. Ce sera donc plutôt le deuxième type de logements qui sera concerné par les nouvelles dispositions prévues par la réglementation qui ont été présentées.

La raison principale de cette distinction, selon l’arrondissement et les responsables du projet, serait qu’une maison unifamiliale a déjà une superficie suffisante. Ils veulent donc limiter l’ajout de mezzanines aux logements à faible espace.

« Selon Statistiques Canada, 18,2 % des logements sur Le Plateau Mont-Royal ont déjà trois chambres ou plus. Ce qui nous amène à croire que, lorsqu’on transforme un duplex en maison unifamiliale, on a toujours assez d’espace pour aménager un logement qui serait d’une superficie acceptable pour une famille », explique Simon Lemieux.

L’autre grosse annonce concerne la hauteur maximale que pourra avoir la mezzanine du point le plus bas au point le plus haut. Une hauteur de trois mètres maximum devra être respectée, de la membrane du toit existant jusqu’au haut du futur toit. Dans le but de conserver l’ensoleillement des voisins le plus possible.

Certains détails restent à éclaircir. Par exemple, avant de déposer un projet de construction, il faudra respecter les nouvelles règles, mais également, avoir l’accord de principe de ses voisins. À savoir comment cet accord se manifestera, n’a pas été discuté, ni détaillé dans la présentation de mardi.

Les autres annonces concernaient des limitations pour l’aménagement ou la construction de balcon et de terrasses. Dans quelques cas, des résidents de l’arrondissement ont monté des barrières pour s’isoler de leurs voisins et obtenir une certaine tranquillité. Cependant, celle-ci se faisait au détriment de tout aspect esthétique que l’arrondissement a décidé d’encadrer.

Un recul de 1,2 mètre devra être observé par rapport au mur arrière pour ceux qui désirent installer des éléments sur le toit (terrasse, banc, etc..). Ce 1,2 mètre pourra cependant être végétalisé. De même, aucune barricade ne pourra dépasser 1,2 mètre de hauteur. Concernant la construction d’un balcon, il ne pourra dépasser trois mètres de profondeur, mais il n’y aura aucune limite de largeur.

« On veut jouer le rôle de protecteur du patrimoine du Plateau », a expliqué M. Lemieux.

Les réactions

Une foule qui ne semblait pas convaincue par cette nouvelle réglementation. (photo : Ganzer Nicolas)

Le maire de l’arrondissement, Luc Ferrandez, ainsi que la plupart de ses conseillers étaient présents dans la salle. Marie Plourde, conseillère d’arrondissement du district Mile-End, était aux avant-postes pour mener la discussion qui a suivi la présentation. Elle a mentionné que ce ne serait pas un débat, mais qu’ils prendraient note des commentaires et suggestions des résidents. Gisèle Bourdages, chef de division de l’urbanisme et du patrimoine, était là pour l’épauler.

Lyne Parent, la directrice générale de l’Association des Architectes en pratique privée du Québec (AAPPQ), fut l’un des seuls commentaires réellement positifs de la période de commentaire.

« Je voulais vous remercier, car il y a eu une excellente collaboration entre les architectes en pratique privés et l’arrondissement, avec une très bonne écoute. Il n’est pas dit qu’on n’aura pas de commentaires particuliers sur le projet, mais il est très clair dans le projet que vous avez présenté ce soir que vous avez entendu et pris acte de nos commentaires et nos préoccupations. »

Ce fut ensuite le tour de Gabriel Deschambault, représentant de la société d’histoire du Plateau, qui insista sur la notion de paysage culturel et de patrimoine immatériel qu’il faut absolument préserver dans le Plateau. « Les mezzanines sont souvent le grain de sable dans l’engrenage qui va venir jouer dans ce fameux paysage culturel du Plateau », mentionne-t-il.

Cependant, les mezzanines n’auront pas à respecter le 1,2 mètre de recul, comme pour les aménagements de terrasse sur toit. Un point qui semble bloquer. « Si vous permettez des exhaussements au plan de façade, nous allons clairement dire que nous sommes opposés à cette approche-là, parce que c’est la mezzanine qui doit être subordonnée à l’architecture du bâtiment », a-t-il ajouté.

Quelques citoyens qui ont acheté des maisons unifamiliales sur le Plateau semblaient mécontents de ne plus avoir l’opportunité d’agrandir leurs espaces en même temps qu’ils souhaitaient agrandir leur famille. Par exemple Hugo Pichet. « J’ai comme l’impression que ces règlements ont été faits de manière un peu irrespectueuse, en ne considérant pas ces gens qui ont acheté avant ces changements. […] J’aime vivre à Montréal et je me sens poussé à l’extérieur, je trouve cela dommage ».

Au fil des intervenants, la majorité s’est rangée du côté des déçus.

« Je me questionne un peu sur le projet de règlement qui en contient deux au final. Un qui vise les propriétés unifamiliales et l’autre sur ceux qui ont plus d’un logement par habitation. Je trouve que c’est très injuste pour les premiers, je me demande même si ce n’est pas de la discrimination », a d’ailleurs déclaré une personne dans l’assemblée sans se nommer.

Force est de constater qu’un an et demi après l’abandon du précédent projet d’interdiction, celui-ci semble parti pour connaître une contestation à la hauteur de son aîné.

Depuis le conseil du 4 février et l’avis de motion pour l’adoption à un prochain conseil du règlement, un gel des nouvelles demandes est en place. C’est-à-dire que toute nouvelle demande devra forcément respecter les spécificités du futur règlement.

Le 11 mars, date du prochain conseil d’arrondissement, le règlement rentrera officiellement en application. Cependant, les citoyens pourront s’y opposer pendant deux semaines après la publication officielle dans le journal Le Devoir, a mentionné Marie Plourde.

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